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Article collectif - " Fleurs en marges : un motif de reconnaissance ? ", avec Florence Boulc’h, Élodie Burle-Errecade, Valérie Gontero, Odile Guillon et Thomas Silberfeld

  • effervescencesmedi
  • 17 déc. 2025
  • 12 min de lecture

Florence Boulc’h (Maîtresse de conférences, MADIREL, Aix-Marseille Université)

Elodie Burle-Errecade (Maîtresse de conférences, CIELAM, Aix-Marseille Université)

Valerie Gontero (Maîtresse de conférences, CIELAM, Aix-Marseille Université)

Odile Guillon (Photographe, CICRP)

Silberfeld Thomas (Professeur agrégé, UMR AMAP, Université de Montpellier)

 

Introduction

Dans les manuscrits enluminés du XVe siècle, les marges s’étalent en ornementations plus ou moins fournies, du trait hiératique aux branches inextricables. Entrelacs et motifs floraux y trouvent une place à la lisière des textes représentant un décor « naturel » à l’extérieur. Réalistes ou figurant l’imaginaire, ces marges, dont l’apparition est orchestrée par le programme iconographique, font apparaître des récurrences dans le choix des dessins et des espèces animales et végétales peintes. Cela dit, elles manifestent aussi des styles spécifiques et devraient permettre en ce sens de reconnaître des modèles ou des ateliers, tout comme certaines espèces, dont l’aire de distribution est restreinte permettent d’envisager une localisation géographique précise, tandis que d’autres au contraire empruntent des motifs symboliques à l’imaginaire médiéval.

Plusieurs réflexions ont été menées sur les drôleries animalières des marges, leur éventuelle fantaisie transgressive[1], leur lien avec les autres éléments de l’enluminure : lettrines, miniatures, blasons et monogrammes. Des études récentes[2] se sont focalisées sur les fleurs et les fruits des marges d’une manière plus naturaliste, en se fondant sur un manuscrit explicitement floral, le livre d’Heures d’Anne de Bretagne[3]. En effet, depuis quelque temps le regard sur les marges change, se précise et tente de redonner tout son sens à cette périphérie, en la considérant « comme entrée méthodologique pour repenser les formes de production et d’appropriation des matériaux écrits »[4]. Notre recherche sur les manuscrits peut ainsi mettre en évidence que les espèces choisies peuvent être identifiées grâce à leur portée représentative. En effet, nous étudions particulièrement la matérialité des livres constituant la librairie d’un couple de nobles bibliophiles de la fin du XVe siècle, Tanguy IV du Chastel et Jeanne Raguenel de Malestroit.

 

La librairie de Tanguy IV du Chastel et Jeanne Raguenel de Malestroit : son élaboration au prisme de l’interdisciplinarité

Ce couple de nobles bretons du XVe siècle, ayant appartenu successivement à la cour de Charles VII et de Louis XI, a possédé une trentaine de manuscrits. Il faut considérer qu’une telle collection représente déjà une bibliothèque fournie à cette époque, ce qui signale à la fois leur position sociale, leur désir de la manifester par les livres et leur goût personnel pour le savoir. Ils peuvent être rangés dans la catégorie des familles seigneuriales bibliophiles du XVe. Ils n’ont pas attendu l’opportunité de s’emparer des ouvrages de Jacques d’Armagnac pour constituer leur librairie. Leurs ouvrages[5] sont de belle facture et montrent un attachement à la culture à la mode de l’époque. Ils manifestent aussi leur volonté d’avoir une bibliothèque « commune », où le mari et la femme sont représentés, par leurs blasons ou encore leurs initiales entrelacées. Notre intérêt se porte sur la fabrication, la constitution et la circulation de cette collection d’un point de vue matériel. Nous essayons de retracer les modalités de commande et de réalisation des œuvres : lesquelles (c’est-à-dire quels textes, familles et traductions) ? A quel endroit ? Auprès de quels artistes et/ou ateliers ? Selon quel(s) modèle(s) ? Avec quelles pratiques artistiques (iconographie, nature des pigments et des liants, techniques picturales employées) ? L’enluminure est un point d’entrée particulièrement signifiant dans ces interrogations. Ses fonctions sont en effet multiples : elle soutient le texte, elle en est un reflet iconographique, et elle représente le commanditaire. Elle est aussi un témoin des pratiques picturales et décoratives du Moyen Age, des supports et des matières. Cette approche nécessite une étude interdisciplinaire qui vise donc à comprendre la vie du manuscrit médiéval de sa commande à sa réception. L’équipe est constituée de médiévistes, de chimistes, de photographes, avec le concours de conservateurs de bibliothèques. Elle s’enrichit de biologistes et en particulier de botanistes avec lesquels nous essayons d’identifier les espèces végétales des marges ornées. Nous posons ici les premiers jalons de cette étude en nous interrogeant sur quelques folios de manuscrits du couple.

 

Description des marges fleuries à partir d’un choix d’œuvres commandées par le couple

Pour commencer, il convient d’établir une typologie des marges observées. Dans les manuscrits de la librairie, on peut distinguer plusieurs modèles de fréquence, d’emplacement et de style :

- des manuscrits enluminés avec des marges versus ceux qui n’en ont pas.

- des manuscrits dont les marges sont associées à d’autres décorations : seulement des miniatures ; seulement des blasons ; des miniatures et des blasons ; des blasons et des lettres entrelacées ; des miniatures, des blasons et des lettres entrelacées.

- l’emplacement des marges : complètes, tout autour de la page de texte ; marges horizontale supérieure, inférieure et/ou latérale(s).

 

Dans les ouvrages qui constituent notre corpus, on observe que des marges apparaissent souvent autour du texte (et des colonnes) lorsqu’une miniature est présente ou lorsque c’est le début du texte. Une marge partielle est aussi souvent peinte lorsque le texte change de chapitre. Elle accompagne alors la lettrine et/ou la rubrique. Cela confirme que les marges servent à délimiter les seuils et les parties du texte, au-delà de la simple fonction décorative. Nous avons choisi des folios pouvant nous permettre un double travail d’identification et de comparaison. Ils sont de fait tirés d’œuvres apparaissant en doublons dans la librairie : Les Remèdes de l’une et l’autre fortune (ms 1800 de la bibliothèque Méjanes à Aix-en-Provence, ONB Cod. 2559 de l’Österreichische Nationalbibliothek à Vienne, associé à un troisième témoin l’Oc 54 de la SLUB à Dresde) et L’Histoire ancienne jusqu’à César (manuscrit 2331 de la bibliothèque des Champs Libres à Rennes et manuscrit Spencer 41 de la Public Library à New-York). Ils témoignent aussi d’une enluminure particulièrement riche où apparaissent miniature(s), marges complètes, lettrines, blasons et/ou initiales entrelacées.

 

Les Remèdes de l’une et l’autre fortune

- Dans le folio 6 du manuscrit Méjanes 1800 (fig.1), dix espèces végétales apparaissent dans les marges enluminées, ayant pour support stylisé une fine platebande verte à l’extrémité basse : buglosse, campanule, cardamine, œillet, pâquerette, pervenche, rose, véronique, airelle, myrtille. Les tiges qui les portent, visibles dans leur tracé, s’entremêlent pour certaines à des feuilles d’acanthes azur et or.



Notons que ce sont des fleurs et des fruits rouges/roses (airelle, œillet, rose) et bleues (campanule, cardamines, myrtille, pervenche et véronique) qui sont représentés : le rouge et le bleu, avec l’or, sont les couleurs prédominantes de l’enluminure médiévale. Dans le cadre qui enserre le texte et la miniature, sur fond d’or, des pâquerettes ajoutent une touche blanche au tableau. La lettrine est ornée de pâquerettes et de campanules : le blanc et le bleu sont complétés par le rouge de la lettre Q, qui sert de cadre au décor végétal. Cependant les peintres s’autorisent des libertés dans la représentation des plantes, libertés qui révèlent une réflexion sur la temporalité et les créatures. En effet certaines variétés sont représentées à différents moments de floraison (en bouton, fleurs puis fruits), sur une même plante, car, à l’instar de toutes les créatures, les plantes sont soumises au temps qui passe. Ainsi dans le folio 6 du manuscrit Méjanes 1800, l’œillet et la rose apparaissent à deux moments de la floraison : la fleur épanouie et la fleur fanée.

- Le manuscrit de Vienne (fig.1) présente un programme iconographique identique à celui d’Aix-en-Provence, avec de menues modifications. Qu’en est-il alors des décorations marginales ? Sont-elles également identiques pour ces deux manuscrits jumeaux ? Les mêmes espèces se retrouvent, avec un support végétal stylisé en bordure inférieure côté gauche, mais sont enrichies d’autres plantes : calebasse, bleuet, mouron des champs, chardon, violette, bourrache, raiponce. La représentation temporisée se retrouve pour la campanule, dessinée en bouton, épanouie et fanée. La même mécanique est observable pour la véronique et la bourrache. Le manuscrit d’Aix est orné d’un paon dans la marge de droite ; la faune s’enrichit dans le manuscrit de Vienne, qui présente un papillon et trois oiseaux (marge de gauche et du bas) : ces créatures sont liées à l’élément air, peut-être pour équilibrer les plantes, reliées à la terre. Le semis floral paraît plus aéré, associé à des feuilles acanthes (azur et or, avec pointes de rouge) de différentes tailles. Plus large, le cadre interne sur fond d’or fait alterner chardons et bleuets (blanc et bleu), et le rouge se retrouve avec la lettrine (buglosses rouges sur fond rouge sans réalisme, à l’intérieur de la lettrine Q bleue).

Dans le dernier manuscrit de notre trilogie, celui de Dresde, le programme iconographique est radicalement différent des deux précédents (fig.1). L’organisation de la marge du folio est aussi différente, puisque le cadre des colonnes n’est pas dessiné, mais suggéré par des baguettes dorées se terminant par des rinceaux d’acanthes. Si nous comparons le contenu des décorations marginales à celui des manuscrits de Vienne et d’Aix, il apparaît que les fleurs sont beaucoup plus espacées dans une perspective moins réaliste dans le dessin des tiges et des bouquets. L’espace marginal présente de nombreux rinceaux d’or piquetés de bryones (appelés aussi navets du diable) dorés. Les feuilles d’acanthe sont limitées aux angles et au centre de la marge droite, mêlées à ces entrelacs d’or. Cet ensemble repose sur un tertre vert stylisé d’où partent tiges et feuilles. Cependant c’est un folio qui présente une grande variété d’espèces végétales, pas moins de quinze : amarante, bleuet, cardamine (ou giroflée), chardon, mouron des champs, pâquerette, pensée, pervenche, raisin d’ours, rose, véronique, véronique à fleur blanche, airelle, fraise des bois, myrtille. Il propose des représentations plus détaillées, plus soignées, comme celle de la pâquerette dont la corolle et les pétales sont parfaitement dessinés. La représentation de la temporalité végétale se retrouve pour le fraisier et pour la pensée sauvage.

 

L’étude des marges confirme ici que les trois manuscrits, qui sont liés par leur datation large et la question du commanditaire, présentent des caractéristiques propres laissant supposer des mains différentes dans la peinture des décors. Si le manuscrit de Dresde, commandé par Jacques d’Armagnac est singulier, mêlant semis piquetés d’or, feuilles d’acanthes et espèces variées et soignées, les deux autres, commandés par Jacques d’Armagnac pour l’un et Tanguy IV du Chastel pour l’autre, raréfient la bryone dorée en semis pour privilégier les fleurs et feuillages. Ces derniers se ressemblent donc aussi dans le décor marginal en nombre et similarités d’espèces, ce qui peut justifier l’appellation « manuscrits jumeaux », mais montrent cependant deux styles légèrement différents.

 

Une constatation commune a retenu notre attention, celle de la représentation d’une même espèce végétale à plusieurs stades de sa vie. Cette pratique qui semble être fréquente au XVe siècle, se retrouve dans d’autres manuscrits de notre corpus. Par exemple, sur le folio 1 du manuscrit 2331 de Rennes, L’Histoire ancienne jusqu’à César, le mouron des champs, espèce végétale commune et communément présente dans les marges, est représenté avec des fruits et des fleurs sur la même plante. Comment justifier ces mélanges des temporalités ? LHistoire ancienne jusqu’à Césarest un texte historique, qui relate l’histoire de l’Humanité depuis la Genèse jusqu’au règne de Jules César ; Les Remèdes de l’une et l’autre Fortune de Pétrarque (dans sa traduction de Jean Daudin) est une réflexion philosophique sur la vie et la mort, et sur le temps qui passe : cette représentation florale « temporalisée » a peut-être un lien avec le contenu textuel du manuscrit enluminé, qui propose une réflexion sur le temps - en tout cas la question mérite d’être posée.

 

L’Histoire ancienne jusqu’à César 

- Le folio d’ouverture du manuscrit 2331 de Rennes (fig.2) dévoile les six jours de la Création, thématique qui se retrouve dans la lettrine historiée Q, figurant le Dieu créateur. La miniature occupe presque la totalité du folio ; au-dessous débute le texte réparti sur deux colonnes, avec une lettrine initiale. Au milieu de la marge inférieure, le blason est figuré entre deux emblèmes léonins, surmonté d'un cimier à la couronne (une couronne surmonte un heaume et soutient unchâteau) débordant dans l’entre-colonnes de texte : ce sont les armoiries complètes de Tanguy IV du Chastel, commanditaire du codex. Le blason de son épouse, Jeanne Raguenel de Malestroit, figure dans l’angle droit. Cette répartition du texte et de l’enluminure est traditionnelle dans les manuscrits du XVe siècle, pour les folios d’ouverture de livres ou de chapitres, qui ont pour fonction de diviser le livre visuellement.



Les différents types de décorations marginales s’entremêlent ici, les lions et la couronne se poursuivant en feuilles d’acanthes rouge et or. Elles présentent un style dense, avec un fond d’entrelacs de bryones, dont les feuilles sont peintes à l’or. Les bryones s’articulent dans les rinceaux et se fondent dans les nombreuses espèces végétales, fleurs et fruits de couleurs bleues et rouges/roses. Des feuilles d’acanthes bleues et or s’étalent dans les bandeaux marginaux, notamment aux angles. On retrouve la trichromie rouge-bleu-or dans les couleurs des fleurs comme pour celles de la couronne et de la lettrine, ce qui donne un ensemble chamarré mais avec une unité chromatique marquée. Les initiales du couple de commanditaires, T et J, sont entrelacées pour former un monogramme d’or au milieu de la marge de droite ; la forme courbe du monogramme se marie parfaitement aux entrelacs végétaux, au point de s’y confondre : tout au long du codex, il faut parfois un œil aiguisé pour trouver le monogramme dans les marges, comme un jeu visuel.

Comme évoqué précédemment, le mouron des champs, espèce végétale commune et communément présente dans les marges, est représenté avec des fruits et des fleurs sur la même plante, nouvel exemple de la représentation florale temporalisée.

Le manuscrit 2331 de Rennes s’orne également de décorations marginales de moindre ampleur sur la page mais présentant des espèces variées, pour accompagner une lettrine historiée ou une miniature de petit format. Ainsi par exemple la lettrine D de la colonne b du folio 70 (fig.2) se prolonge par une antenne entre le texte pour former une colonne : elle s’achève dans les marges inférieure et supérieure par un rectangle floral reprenant « en miniature » le style de la décoration marginale d’ensemble : airelles, myrtilles, pervenches, œillet, bryone, feuilles d’acanthe. On y trouve aussi des épis de blés, qui sont présents tout au long du programme d’enluminure du codex. Un autre exemple, plus dépouillé est le suivant : le folio 160v comporte une miniature en marge de pied (fig.2). Elle a été dessinée dans la marge inférieure, sans doute après la fabrication du manuscrit. Tout se passe comme si, avant la livraison du manuscrit, l’enlumineur avait trouvé son codex trop peu décoré et avait ajouté des images en fonction de l’espace ; ces miniatures en marge de pied représentent la majorité des 34 vignettes du manuscrit ; 3 sont intégrées dans les colonnes. Ici c’est le Minotaure qui est représenté avec Thésée. De part et d’autre de la miniature, à gauche et à droite, deux petits rectangles de décorations florales ont été aménagés, stylisés mais alternant fleurs, feuilles, acanthes, semis piquetés d’or ; ils sont encadrés par un trait rouge grossièrement tracé, sans doute du vermillon.

Les décorations florales des marges partielles reprennent les espèces végétales des folios richement enluminés, en écho et en réduction : campanule, cardamine, compagnon blanc et rouge, mouron des champs, pervenche, véronique, airelle, fraise des bois, myrtille, blé. Elles soulignent en y étant reliées la présence d’un autre élément d’enluminure, lettrine ou miniature, semblant naître d’une antenne ou baguette dorée.

 

- Le manuscrit Spencer 41, conservé à New York, présente une traduction différente de rédaction de L’Histoire ancienne (le titre répertorié est Histoire sacrée et profane 1 et 2) et il comprend un programme iconographique autre. Le choix s’est porté sur des miniatures occupant un demi-folio. Elles sont au nombre de quatre dans les deux tomes, présentant une, deux ou quatre scènes. Les deux blasons ainsi que le monogramme du couple, constitué des initiales entrelacées, s’y trouvent également insérés dans les marges florales complètes qui parachèvent l’illustration. La facture des éléments marginaux présente des particularités intéressantes. L’organisation ne varie quasiment pas : blasons répartis à droite (celui de Jeanne) et à gauche (celui de Tanguy) de la bande inférieure du folio et monogramme au centre de la bande latérale droite ou gauche en fonction du folio recto ou verso. Le monogramme est parfois pris dans les feuilles d’acanthes et il se colore alors d’azur en complément de l’or. Les entrelacs d’or piquetés de fleurettes, de bryones ou d’épis de blé se confondent avec les tiges et peuvent égrainer des fleurs et des fruits plutôt imposants et parfaitement dessinés. A la trichromie évoquée précédemment du rouge/rose, bleu et or s’ajoutent des fleurs blanches. Les espèces végétales sont variées, 14 au moins en considérant l’ensemble : bleuet, campanule, cardamine, compagnon blanc et rouge, œillet, pensée, pervenche, véronique, airelle, fraise des bois, myrtille, orange (ou grenade), blé. Si le dessin précis suggère un certain réalisme dans la représentation, il n’en demeure pas moins que certaines fleurs posent la question d’une hybridité ou d’une fantaisie de couleur : c’est le cas de certaines fleurs de véronique apparaissant roses ou bleues sur une même tige (tome 1, fol. 69), mais est-ce là une représentation médiévale duelle de la morphologie de cette espèce ? Cette liberté a son pendant exotique dans la faune puisqu’un éléphant doré apparaît au milieu de la marge latérale droite du folio 1 du tome 2. L’imaginaire semble alors encore une fois limité dans ces illustrations. Cependant nous retrouvons ici la représentation temporalisée de certaines fleurs, comme le compagnon blanc ou la véronique en bouton et épanouis, et comme la pensée en particulier qui passe du bouton à la fleur fanée sur le fol. 2 du tome 1. Cela aurait-il un lien avec la vie du couple, l’éventuelle fleur fanée se trouvant dans son monogramme ? Ou bien un lien avec le sujet du texte, une histoire longue de l’humanité ? Si les réponses à ces questions demanderaient un examen botanique complet des marges de tous les manuscrits du couple, l’observation de deux doublons de la librairie permet de dégager des récurrences et des spécificités (fig.3).



Conclusion

La tendance réaliste est confirmée, les espèces correspondant à des végétaux visibles certes dans les herbiers mais aussi dans les jardins, y compris les potagers, les forêts et les champs. On peut gager de plus que ce réalisme pouvait convenir à des programmes iconographiques d’œuvres historiques et philosophiques. Reste la question de l’évocation symbolique de ces fleurs et fruits qu’il faudrait suivre image après image, en en mesurant à sa juste valeur la portée…


 

Notes

[1] Nous pouvons citer celles de Michael Camille, Images dans les marges : aux limites de lart médiéval, Paris, 1997 et celle de Jean Wirth, Les Marges à drôleries des manuscrits gothiques (1250-1350), Genève, 2008.

[2] Etudes de Mégumi Tanabé : La Signification et la fonction symbolique de lornement végétal dans les livres dheures bretons au XVe siècle, thèse de doctorat nouveau régime, Université Paris X, 2008 ; « Les sources d’ornement végétal dans les Heures de Marguerite d’Orléans (Paris, BnF ms. lat. 1156B) », dans Traces du végétal, Isabelle Trivisani-Moreau, Aude-Nuscia Taïbi et Cristiana Oghina-Pavie (dir.), p. 243-251 ; « La fonction signifiante de l’ornement marginal dans les livres d’Heures bretons du XVe siècle, dans En marges, Histoire des Bretagnes n°5, Brest, 2015, p. 313-328.

[4] Emmanuelle Chapron, « Introduction, depuis les marges », dans Marges et marginalia du Moyen-Âge à aujourd’hui, Cécile Capot (éd.), Cahiers Jean-Mabihon, École nationale des Chartes, 2020, p. 4.

[5] Roselyne Claerr, dans son étude consacrée à la bibliothèque (réf.), remarque que leurs ouvrages ont l’air moins somptueux que ceux du duc de Nemours : pour preuve le Speculum historiale (dont le troisième tome est conservé au château de Chantilly). 


Pour citer cet article

Florence BOULC'H, Élodie BURLE-ERRECADE, Valérie GONTERO, Odile GUILLON et Thomas SILBERFELD, " Fleurs en marges : un motif de reconnaissance ? ", Effervescences Médiévales, 2025 [En ligne], mis en ligne le 17 décembre 2025.



 
 
 

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