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Appel à communications - " Restaurer et entretenir l’architecture de brique. Une histoire matérielle de la Renaissance à nos jours ", Perpignan

  • il y a 15 heures
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Ce colloque interdisciplinaire international s’inscrit dans le cadre du projet de recherche ANR THERESA (2024-2028), qui ambitionne de produire une connaissance inédite sur l’histoire des techniques d’entretien et de restauration des terres cuites architecturales du XVIe siècle à nos jours. Il est organisé en partenariat avec la Conservation Régionale des Monuments Historiques de la Drac-Occitanie (CRMH).

Lieu : Perpignan, Université Perpignan Via Domitia

Dates : Jeudi 15 et vendredi 16 octobre 2026



Notre postulat est que la restauration des maçonneries de brique repose aujourd’hui sur des techniques variées, dont les qualités et l’adaptation sur le long terme ne sont pas évaluées en raison de l’absence de référentiels. Pourtant, la prise en compte de la durabilité des techniques et des matériaux, de même que de leur impact environnemental, s’impose désormais comme un critère essentiel pour toute intervention sur le bâti. D’ailleurs, ces enjeux sont systématiquement intégrés dans la restauration de la pierre (Jacques Philippon, Daniel Jeannette et al., 1992 ; Bruno Phalip, 2021). En revanche, pour la brique, le développement de pratiques plus réflexives suppose d’abord une mise en perspective historique des techniques d’interventions. Car certains savoir-faire autrefois maîtrisés, ont progressivement disparus durant l’entre-deux guerres, notamment avec l’avènement de nouvelles machines et de matériaux modernes. En complément d’une histoire de la restauration française qui a longtemps ignoré le matériau brique, le programme ANR THERESA explore, de façon systématique, les manières de restaurer et d’entretenir les parements aux époques moderne et contemporaine. Ainsi, il étudie à la fois les provenances, les modes d’appareillage, les traitements des épidermes ainsi que les décors structurels ou appliqués, tout en les mettant en relation avec l’analyse des chantiers de restauration.

C’est dans le prolongement de ces réflexions que s’inscrit ce colloque international et interdisciplinaire. En effet, quarante ans après la parution de l’ouvrage pionnier Toulouse, les délices de l’imitation, et plus de trois décennies après la publication De la création à la restauration. Travaux offerts à Marcel Durliat, l’enjeu est désormais d’ouvrir le dialogue à d’autres espaces européens et extra-européens. Pour ce faire, le colloque propose d’explorer le chantier dans sa matérialité, en croisant les regards et les méthodes de disciplines variées : l’histoire de l’art, l’histoire de la construction, l’archéologie, la sociologie, l’anthropologie et les sciences des matériaux. Il s’agira, dans le cadre de ce colloque, de participer à la constitution d’une connaissance des techniques de restauration et d’entretien des maçonneries de briques du xvie siècle à nos jours, pratiquées sur un corpus d’édifices datés entre le xiiie et le xixe siècle.

Derrière les termes « restaurer », « réparer » et « entretenir » se dissimule en réalité une infinie variété d’interventions. C’est pourquoi, il sera essentiel non seulement de les identifier et de les analyser, mais aussi de les resituer dans leur contexte historique. À cet égard, le xixe siècle, période au cours de laquelle la restauration s’est progressivement théorisée et institutionnalisée, offre un ancrage particulièrement pertinent pour cette étude. Toutefois, il conviendra d’élargir ce cadre chronologique, en remontant jusqu’à la période moderne, pour laquelle les sources, tant archivistiques qu’archéologiques, sont abondantes mais encore insuffisamment exploitées alors même que l’on trouve sous la plume d’auteurs classiques comme Aimar de Raconnet, Jean Nicot, ou encore Antoine de Furetière, le terme « restaurer » appliqué à l’architecture avec les sens de « refaire », « réparer » ou encore « rétablir » (Nicolas Reveyron, 2021). À l’autre bout de cette chronologie, la Charte de Venise (1964) vient quant à elle rappeler, aux côtés des principes d’authenticité et de matérialité, d’une part l’importance de la « permanence de l’entretien » des monuments historiques et, d’autre part le caractère exceptionnel que doit conserver toute opération de restauration (Monumental, 2021).

Ce colloque s’insère pleinement dans le paysage actuel de la recherche, qui privilégie une approche matérielle de l’architecture. Cette orientation est d’ailleurs illustrée par de nombreuses manifestations scientifiques, qu’elles soient passées ou à venir : 36e Congrès du Comité international d’histoire de l’art « matière/matter - Matérialité/ Matériality (Lyon, 2024) ; 5e Congrès Francophone d’Histoire de la Construction, Toulouse, 2025 ; colloque international SFIIC-INP, Paris, 2026 ; 9th International Congress on Construction History, Turin, 2027). De même, les axes de recherche développés par l’ICOMOS, notamment lors des Journées technique Matériaux durables au coeur du chantier Monument historique : anticiper, réemployer, recycler (2025), mettent en lumière l’importance cruciale des « métiers, des savoir-faire et des matériaux ».

Pourtant, contrairement à d’autres matériaux, les pratiques d’entretien et de restauration des matériaux en terre cuite, et plus particulièrement en brique, ont longtemps été négligées par les instances de tutelle patrimoniale, qu’elles soient internationales ou nationales. Face à ce constat, une analyse approfondie s’impose, que ce soit pour étudier les systèmes de diagnostic, les mécanismes de décision ou encore les choix des acteurs impliqués dans les chantiers de restauration. De la même manière, l’étude des matériaux et des techniques mobilisés doit être systématiquement intégrée à cette réflexion. Enfin le chantier de restauration représente une opportunité unique pour les chercheurs car, d’une part, il permet de mieux appréhender l’histoire matérielle des interventions passées et, d’autre part, il éclaire les enjeux pour des restaurations futures.

Dans cette perspective, les propositions de communication auront pour objectif d’instaurer un dialogue entre les travaux de spécialistes et les premiers résultats du programme THERESA.

Elles pourront s’articuler autour des axes suivants (sans s’y limiter) :


1/ La brique pour restaurer

Mots-clefs : production, remploi, approvisionnement ; pouvoirs et contrôle de la production, réglementations, amélioration des propriétés des matériaux ; filières et fournisseurs, systèmes d’approvisionnement du chantier.

La première session part d’un constat clair : au cours de la deuxième moitié du xxesiècle, les processus de production de la brique ont connu une profonde mutation. En effet, l’introduction de réglementations imposant des critères standardisés d’homogénéisation a bouleversé ce secteur. D’un côté, cette évolution a marginalisé les producteurs régionaux traditionnels, pourtant détenteurs de savoir-faire et de connaissances techniques. De l’autre, elle a favorisé l’émergence d’acteurs industriels, qu’ils soient nationaux ou internationaux.

Plusieurs questions centrales émergent concernant les travaux d’entretien et de restauration de la brique. Tout d’abord, quels sont les cadres réglementaires, les préconisations et les usages qui encadrent ces interventions ? Ensuite, de quelle manière s’organise la chaîne de décideurs et d’acteurs, depuis la maîtrise d’ouvrage (architectes des bâtiments de France, conservateurs, ingénieurs du patrimoine des CRMH…) jusqu’aux restaurateurs et bâtisseurs ?

Enfin, il sera essentiel d’explorer les modalités approvisionnement des chantiers en matériaux. D’une part, on interrogera la place des acteurs industriels spécialisés nationaux ou étrangers (Espagne, Portugal…), et leur capacité à s’adapter aux besoins spécifiques des chantiers de restauration. D’autre part, on s’intéressera au rôle des entrepreneurs traditionnels, aujourd’hui en voie de disparition. Dans ce contexte, quelle place occupe la réutilisation des matériaux ? S’agit-il d’une pratique empirique, programmée, ou associée à des plateformes de recyclage dédiées aux matériaux de construction ?


2/ La brique mise en oeuvre. Métiers, savoir-faire et circulations

Mots-clefs : formations ; statuts ; rapports entre professions ; chaînes de production ; organisation du travail ; déplacements et mobilités (des acteurs, des modèles, des techniques, des machines et des matériaux…).

Ces dernières décennies, une partie significative des recherches consacrées au chantier de restauration s’est centrée sur l’analyse des institutions (Commission des Monuments historiques, Conseil des Bâtiments civils, Service des édifices diocésains…) ainsi que sur les acteurs clés (architectes, inspecteurs, entrepreneurs…). Tout en prenant appui sur cette riche historiographie, cette deuxième session propose d’élargir la perspective en se concentrant sur les métiers de la brique. L’attention sera ainsi portée sur les rôles respectifs de l’architecte, du conservateur et des ouvriers spécialisés, ou non, dans le travail de la brique. Cette approche vise à inclure l’ensemble des catégories d’acteurs impliqués dans les différentes phases du chantier : étude préliminaire, intervention directe ou suspension des travaux. Seront pris en compte les acteurs majeurs et les figures moins documentées relevant, cette fois-ci, de la maîtrise d’œuvre. De même, une attention particulière sera portée à l’éventuelle hiérarchisation des chantiers : d’un côté, les chantiers majeurs, fortement encadrés, et de l’autre, les chantiers mineurs, caractérisés par une plus grande souplesse dans leur organisation et leur gestion.

On s’intéressera, par ailleurs, à l’analyse des dénominations et des statuts attribués aux acteurs et actrices impliqué.e.s dans ces processus, ainsi que sur leurs parcours de formation professionnelle. Seront également interrogées leurs connaissances scientifiques, techniques et pratiques, les mécanismes de transmission ainsi que les modalités d’intervention sur le terrain. Les questionnements porteront sur le rôle des mobilités (qu’elles soient géographiques, professionnelles ou intellectuelles) et les dynamiques entre individuel et collectif dans les transferts et la circulation des savoirs et des savoir-faire. Dans une perspective pluridisciplinaire, différentes méthodes biographiques (biographie collective, intergénérationnelle, etc.) et d’études des réseaux pourront être déployées ici afin d’identifier des profils tantôt homogènes, tantôt hybrides, ainsi que des espaces sociaux aux frontières souvent poreuses.

Enfin, des résultats d’enquêtes ethnographiques pourront être présentées, intégrant des entretiens semi-directifs, des observations in situ et des captations audiovisuelles, afin d’enrichir l’analyse qualitative des pratiques et des interactions.

3/ Le chantier de restauration au coeur des nouvelles approches interdisciplinaires.

Mots-clefs : datation ; caractérisation physico-chimique ; apports disciplinaires dans le projet de chantier aujourd’hui

Cette troisième session ne se fixe pas pour objectif de redéfinir le concept de chantier, mais d’en explorer les potentialités heuristiques à chaque étape de son déroulement (décroutage, piquetage, enlèvement, démontage, dépose). L’approche proposées, fondée sur une analyse structurale et matérielle, ouvre des perspectives pour des études de datation et de caractérisation physico-chimique.

Le chantier constitue un laboratoire à ciel ouvert, permettant une observation directe des surfaces, des matériaux et de leurs modes de mise en oeuvre. Cette lecture visuelle, souvent privilégiée par les architectes du patrimoine et les archéologues du bâti, peut être enrichie par des méthodes non invasives, telles que la diffraction des rayons X (DRX). Ces techniques permettent de révéler la composition et la structure cristalline des matériaux, sans altérer leur intégrité.

Certaines investigations, de nature plus intrusive, nécessitent des prélèvements ciblés pour mener des analyses approfondies. Ces dernières mobilisent des compétences pluridisciplinaires, allant de l’archéométrie à la physique des matériaux, en passant par la chimie analytique, l’optique et l’imagerie numérique, l’informatique scientifique.

En croisant les échelles d’analyse (de l’atome à l’édifice monumental), cette approche multiscalaire vise à retracer l’histoire des artefacts (origine, transformations, usages successifs), à caractériser les procédés de fabrication (techniques, outils, savoir-faire), à définir la matérialité des objets (composition, structure, propriétés physico-chimiques) et à comprendre les mécanismes d’altérations (facteurs environnementaux, dégradations intrinsèques).

L’objectif final est double : éclairer les techniques de restauration et optimiser les pratiques actuelles sur les chantiers.

Les propositions sont attendues dans des domaines variés, tels que l’histoire de l’art, de l’architecture et des techniques, l’archéologie et encore l’archéométrie. Cependant, le colloque s’ouvre également à des approches interdisciplinaires, notamment en sociologie, en anthropologie ou en droit.

Cet appel s’adresse à l’ensemble des chercheurs, qu’ils soient jeunes ou confirmés, dont les travaux portent sur l’une des thématiques présentées. Les acteurs du patrimoine (associations d’éruditions, collectivités…) et les praticiens de la restauration (conservateurs, architectes du patrimoine et architectes en chef des monuments historiques…) sont aussi vivement encouragés à apporter leur expertise.


Les propositions de communication (résumé de 1 500 signes précisant le titre de la communication, l’argumentation et les sources mobilisées), accompagnées d’un court curriculum vitae (notice de 500 signes indiquant un numéro de téléphone, un courrier électronique, une affiliation institutionnelle et le laboratoire de rattachement le cas échéant), sont à adresser avant le 4 mai 2026 aux quatre adresses suivantes : castaner@univ-perp.fr, sophie.fradier@univ-tlse2.fr, nicolas.meynen@univ-tlse2.fr ; valerie.negre@univ-paris1.fr

Langues acceptées : français, espagnol, italien, anglais


 
 
 

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